Pensees A Giulia

Giuseppe Capograssi


langue indéterminée | 05-02-2027 | 2144 pages

9791097497910

Livre


49,00€

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Brève description / annotation

Que sont, matériellement, ces Pensées à Giulia ? Les quelque 2000 lettres que Giuseppe Capograssi a écrites à sa fiancée, à raison d'une ou parfois deux par jour, du 7 décembre 1918 au 17 février 1924, et qui furent publiées par Gabrio Lombardi de 1978 à 1981, donc plus de vingt ans après la mort du philosophe. Sur le plan biographique, rien d'étonnant à ces longues fiançailles (les raisons en sont diverses : les difficultés financières, le soutien affectif et financier aux parents) ; mais sur le plan littéraire et philosophique, cette durée même a donné naissance à un document-oeuvre absolument unique, sans équivalent dans la littérature - pas même les lettres de Goethe à Charlotte von Stein. Car cette correspondance, ou plutôt ces lettres à sens unique, quoique la des-tinataire y soit toujours intensément présente, est d'une nature très particulière, étant donné précisément son extrême régularité, et l'ampleur des sujets abordés, sur le ton à la fois de la conversation, de l'enseignement, et du travail de clarification sur un soi-même réfléchi dans l'autre (« je suis toi », tel est le leitmotiv conclusif de chacun de ces billets ou « feuillets », comme Capograssi les appelait lui-même) ; en sorte que cet effort fondamental de « confession », au sens le plus augustinien du terme, est aussi et sans cesse une proposition de pensée nous éclairant non seulement sur le travail propre du philosophe, mais « essayant » sa propre réflexion sur toutes les réalités avec lesquelles est aux prises tout individu prenant conscience de la vie. Francesco Mercadante soulignait avec raison combien « les pages des Pen-sées à Giulia ont marqué l'entrée sur la scène d'un second Capograssi : l'écrivain, qui existait déjà, mais cette fois dans une version diariste d'un souffle littéraire et religieux d'une très grande puissance ». Depuis la publication italienne de ces lettres, la recherche capograssienne s'est considérablement développée, comme si les Pensieri avaient fait relire autrement l'ensemble de l'oeuvre du philosophe. Ces « feuillets » quotidiens méritent pleinement, à ce titre, la qualification d'« oeuvre », soit un ensemble unitaire par sa genèse et son développement dans lequel, si c'est bien la cohérence intellectuelle qui guide le lecteur, l'une des idées clés de la philosophie de Capograssi trouve sur le plan littéraire sa réalisation concrète : « Chaque action, chaque oeuvre, porte en elle son propre dessein. » Cette conversation incessante, cet « entretien infini » désigne aussi l'usage profond de la parole chez Capograssi, sa signature à la fois naturelle et méditée, telle que la décrivait Pietro Piovani lorsqu'en parlant du type d'enseignement de son maître, il préfigurait sans le savoir ce que serait l'expérience de lecture de ces Pensées à Giulia : « Pour Capograssi, [...] le cours n'existait pas, sinon comme "raisonnement à voix haute", ou, plutôt, recherche adressée comme un murmure à quelques auditeurs déconcertés ; l'examen n'existait pas, sinon comme jugement difficile et sévère de vérification de la préparation individuelle [...] ; chacun, enseignant et étudiants, en situation d'apprendre, parce que tous unis par la volonté de comprendre la vie, par l'opportunité de fondre la prudence et les vérités déjà acquises par le plus âgé avec l'imprudence et la capacité d'émerveillement des plus jeunes. [...] la sévérité avec laquelle les limites étaient indiquées n'était pas un fait scolaire, mais un simple rappel des difficultés de la vie comme du dur métier de tous [...]. Au fond, il arrivait aux disciples ce qui arrivait à tous ceux qui s'approchaient de lui : ils se sentaient à la fois attirés et repoussés ; leur part la meilleure les attirait magnétiquement vers lui, la résistance de leur part la plus mauvaise les en éloignait. Les conver-sations avec lui étaient à la fois jouissance et tourment, parce que sentir son âme mise à nu, quelle qu'elle soit, fait à la fois du bien et du mal. C'est précisément ce qu'il faisait par ses paroles, sans doute sans le vouloir ; il le faisait parce qu'il ne se proposait pas de le faire : il voulait seulement comprendre l'autre, le plus profondément possible, et, pour le comprendre, il devait l'aimer. À cet ins-tant, l'autre se sentait révélé à lui-même (il a écrit, en effet : "Comprendre quelqu'un, c'est toujours chercher à ressentir et à éprouver à nouveau ses exi-gences, ses questions, ses crises : en somme, ce pour quoi il a souffert"). La sé-duction, bien connue, du Capograssi de la conversation - dont la page donne seulement le reflet - venait de ces motifs plus encore que des divagations ins-pirées de ses propos : ce n'était pas un jeu d'arabesques verbales ni un mono-logue plein de charme, et pas davantage le résumé synthétique d'une doctrine ; c'était beaucoup plus : l'ouverture indéfinissable d'une conscience à une autre pour comprendre et se comprendre. Beaucoup de ceux qui sont allés chez lui pour lui parler de tel ou tel travail en gestation savent comment il parvenait à mettre leurs idées en mouvement, en les mettant en désordre ou bien en ordre, non pas sur la base de l'exposé qu'ils en auraient fait, mais en ignorant jusqu'à leurs projets particuliers : parfois, le raisonnement sur le sujet n'était qu'évoqué, après quoi ce raisonnement passait au-delà, se perdait en mille dé-tours auxquels il devait s'abandonner (la conversation devait rester absolument libre : la tentative de la canaliser, de l'endiguer d'une certaine manière, était de ces rares choses qui irritaient, fût-ce imperceptiblement, Capograssi), et cepen-dant finissait par être éclairé d'une lumière nouvelle, malgré l'apparent silence explicite, orienté vers des fins plus claires, comme s'il avait soudain mûri. Sa manière d'"enseigner" était celle-là. » Inutile d'insister sur la richesse immense de cette sorte de « thesaurus » (voir l'index analytique très précis à la fin des volumes), où l'amour prodigué et professé s'unit par lui-même à tous les registres de connaissance et de ré-flexion, sans qu'on puisse dire, « augustiniennement », où est la part de l'un et de l'autre aspect, ni si l'un précède l'autre. On souhaite bien sûr que le lecteur perçoive que cette oeuvre en particulier est un sommet absolu du XXe siècle et, pour reprendre le langage des commentateurs italiens, de tous les siècles. Per-sonne, en effet, n'a cette pureté d'âme ; personne ne parle des choses du monde et du temps avec la simplicité quasi sainte de Capograssi (ce sont les termes mêmes qu'emploient à son sujet des lecteurs aussi avisés que Salvatore Satta et Bernardo Albanese ; voir S. Satta, Oeuvres, II. Je t'écris avant l'aube. Corres-pondance avec B. Albanese, trad. fr. Éditions Conférence, 2019). En sorte que philosopher devient dans le même temps don et méditation.

Détails

Code EAN :9791097497910
Auteur(trice) : 
Editeur :Conference
Traduit par : Christophe Carraud
Date de publication :  05-02-2027
Format :Livre
Langue(s) : langue indéterminée
Hauteur :230 mm
Largeur :165 mm
Epaisseur :40 mm
Poids :1400 gr
Stock :à paraître
Nombre de pages :2144
Collection :  Lettres D'italie