Registres du Consistoire de Genève au temps de Calvin

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français | 30-09-2026 |

9782600067959

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Description

Le tome XX des Registres du Consistoire de Genève couvre la période de février 1563 à février 1564, soit cinquante-six séances hebdomadaires tenues à un moment charnière de l'histoire de la Réforme. Jean Calvin, déjà gravement affaibli par la maladie, s'absente d'environ un tiers des réunions — toutes celles de septembre et octobre — et décédera en mai 1564, quelques mois seulement après la clôture de ce volume. Son autorité morale et doctrinale demeure néanmoins prépondérante tout au long de l'année. Sur le plan politique, l'édit d'Amboise (19 mars 1563), qui met fin à la première guerre de religion en France, influence directement la vie genevoise : plusieurs réfugiés envisagent de rentrer en France, Théodore de Bèze regagne Genève en mai, tandis que les magistrats restent vigilants face aux espions et aux mouvements de troupes, ordonnant aux aubergistes de signaler tout étranger suspect. Parmi les causes les plus remarquables, deux affaires de dissidence intellectuelle se distinguent. Michel Castellion est convoqué pour avoir possédé des exemplaires du Conseil à la France désolée de Sébastien Castellion, ouvrage pacifiste prônant la tolérance religieuse ; le livre est condamné comme « mauvais ». Plus retentissante encore, l'affaire Jean-Baptiste Morély, auteur du Traité de la discipline et la police chrétienne, qui proposait une organisation ecclésiastique « démocratique » en rupture avec le modèle presbytéro-synodal de Calvin : refusant de se rétracter, Morély est excommunié et son livre brûlé par le bourreau. Ces deux cas confirment l'intransigeance de Calvin sur la discipline ecclésiastique genevoise. L'évolution de la position du Consistoire sur Noël constitue une tendance notable. Alors qu'en 1561, vingt-trois personnes avaient été convoquées pour avoir simplement chômé le 25 décembre, en décembre 1563, à l'occasion de l'affaire d'Antoine Cadran, Calvin et ses collègues déclarent que « nous ne condemnons point ceulx qui observent tel jour, pourveu qu'ils le facent sans superstition ». Ce glissement révèle la capacité du Consistoire à adapter ses combats selon les circonstances. Les affaires matrimoniales et sexuelles restent centrales. Le Consistoire défend rigoureusement l'autorité parentale dans les mariages, même au-delà de l'âge requis par les ordonnances, comme le montre le cas de Vincent Parent, réfugié d'Arras, contraint de fournir une attestation de consentement de son père resté en France. L'affaire de Nicolas de Cranes et Jeanne Mollat met en lumière la sensibilité des autorités à la différence d'âge, mais seulement lorsque la femme est plus âgée que l'homme — asymétrie flagrante au regard de l'affaire Claudine Servant et Pierre Janton (écart de 32 ans dans l'autre sens, à peine sanctionné). L'affaire Blanche Firmin, accusée d'une agression sexuelle sur une autre femme, révèle une disparité frappante dans le traitement de l'homosexualité : les relations masculines sont punies de mort, tandis que le Consistoire se contente d'exclure Blanche de la cène, sans même la renvoyer devant le Conseil. La tendance du Consistoire à traiter l'ignorance religieuse de manière collective se confirme : les paroissiens jugés « mal instruictz » lors des visites pastorales sont désormais convoqués par dizaines entières (jusqu'à 24 personnes d'un même quartier en une seule séance le 20 mai). Sur le plan des mœurs, l'éthique du travail promue par Calvin — qui fait convoquer les « fainéants » et les dissipateurs — ainsi que la condamnation des prix abusifs (l'affaire des marchands de blé de Dardagny, accusés de « coupper la gorge aux paouvres ») nuancent la thèse wébérienne d'un calvinisme proto-capitaliste : le Consistoire prône une économie disciplinée, mais tempérée par la charité et le juste prix. Enfin, les registres éclairent la persistance de pratiques populaires malgré la Réforme : le « médecin » Jean Perret, soignant avec des plantes et du gui, est poursuivi pour « superstition » mais continue d'exercer avec le soutien de patients convaincus. L'affaire de l'enfant-prédicateur Moïse d'Auvergne, encouragé par des adultes à prêcher dans les rues, illustre quant à elle la fascination ambiguë du peuple pour une piété spontanée que le Consistoire juge dangereuse. L'ensemble du volume témoigne d'un Consistoire qui, à la veille de la disparition de Calvin, reste un instrument puissant de contrôle social et moral, tout en faisant preuve d'une certaine souplesse pragmatique face aux réalités d'une cité en mutation.

Détails

Code EAN :9782600067959
Auteur(trice) : 
Date de publication :  30-09-2026
Format :Relié
Langue(s) : français
Stock :en stock chez le fournisseur
Collection :  TRAVAUX D HUMAN